Sensibilisation

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Sensibilisation des acteurs de première ligne à l’itinérance auprès des femmes

1. Notre projet de santé communautaire

Le texte qui suit se veut un recueil d’éléments rapportés et vécus par des femmes en situation d’itinérance afin de mieux guider, gérer et adapter les services de santé les concernant. De façon générale, la situation de l’itinérance réfère à l’expérience masculine, qui est mieux connue et nous tentons, par le biais de notre intervention, de dresser un meilleur portrait de l’itinérance vécue par les femmes. C’est grâce à un partenariat avec les professeures Céline Bellot et Jacinthe Rivard, respectivement chercheure principale et coordonnatrice de la recherche Rendre visible l’itinérance au féminin, et le Comité de reconnaissance, regroupant une vingtaine de co-chercheures, que nous avons pu développer notre intervention communautaire. Ce comité est composé de femmes âgées entre 25 et 65 ans, provenant de plusieurs milieux et ayant toutes vécues, ou vivant encore, une situation d’itinérance. Ces dernières ainsi que les chercheures se rencontrent bimensuellement dans le but de détailler les réalités et les enjeux de l’itinérance au féminin à Montréal et dans sept autres régions du Québec. Par leur intermédiaire, leurs récits de vie, leurs expériences personnelles, leurs points de vue sur les services existants et les besoins criants, nous avons pu recenser des éléments nécessaires à considérer dans le développement d’une offre de service améliorée et toute féminine.

L’objectif premier de notre intervention est de sensibiliser les professionnels de la santé quant aux besoins des femmes en situation d’itinérance. Nous visons particulièrement les pharmaciens puisqu’ils sont des intervenants de première ligne fréquemment consultés et avec qui il est possible de développer un lien de confiance, ce qui est favorable à la santé des femmes.

2. Mieux guider les services de santé en pharmacie communautaire auprès des femmes en situation d’itinérance

La confidentialité

La confidentialité lors de la prestation des soins de santé ou de la remise de médicaments est un point majeur sur lequel les cochercheuses du Comité de reconnaissance ont insisté. Aucune de ces femmes n’est fière de se trouver dans une telle situation. Il va sans dire que la discrétion et le souci de leur vulnérabilité sont des aspects non négociables; ils amènent une valeur ajoutée à la dyade patiente-professionnel. Lors des visites en pharmacies, certaines petites attentions portées à l’égard de ces femmes, comme un verre d’eau pour prendre des médicaments oubliés ou des rappels téléphoniques relatifs à un renouvellement sont généralement très appréciées.

Les conseils pharmaceutiques et les ressources appropriées

Un autre point fréquemment rapporté par les cochercheuses concerne les explications leur assurant une meilleure compréhension de leur médication. Ces femmes sont souvent polymédicamentées et une prise en charge globale de la patiente est primordiale afin d’assurer un service de qualité. La complexité du système de santé rend la navigation ardue pour s’y retrouver et parfois, elles ne savent pas où se présenter pour recevoir les soins dont elles ont besoin. Le pharmacien est une personne-ressource pouvant mieux les diriger vers les services et les professionnels qui sauront répondre à ces besoins.

La reconnaissance de l’inacceptabilité de cette situation

Finalement, adapter les conseils pharmaceutiques en fonction de la patiente est donc primordial. Par exemple, il est important de tenir compte des capacités verbales et écrites de la patiente ainsi que des ressources dont elle dispose. Régulièrement, les femmes en situation d’itinérance perçoivent recevoir un service différent et de moindre qualité en raison de leur situation et de leur mode de vie; elles se sentent jugées. Pourtant, dans la plupart des cas, les femmes en situation d’itinérance portent en elles, en plus d’expériences fâcheuses et de beaucoup de souffrances qui usent le corps, des trajectoires de mère, de famille, de travail, parfois professionnel et d’autres savoirs expérientiels. Bref, ces femmes gagneraient à être connues et reconnues pour ce qu’elles sont et non en fonction de leur situation. Elles devraient être traitées avec autant de respect et de dignité que n’importe quelle autre cliente et ce, sans préjugé.

Enfin, il est fondamental de reconnaître que l’itinérance est une situation et non un état. La personne qui se trouve dans une telle situation est loin d’être la seule en cause. C’est tout un système social de barrières, d’obstacles, de services débordés ou inadéquats, d’indifférence, de dénis de reconnaissance, de mépris, qui se dresse devant ces femmes et qui les enfoncent dans une vulnérabilité de plus en plus grande, rendant impensable la possibilité de reprendre pied sans soutien. Soyons ce soutien ponctuel aux femmes en situation d’itinérance, vers la reprise en main de leur vie.